OMD n°1 : REDUIRE L’EXTERME PAUVRETE ET LA FAIM

Article paru dans le Luxemburger Wort, le 10 septembre 2010

Les disparités régionales s’accentuent

En 1990, on estimait à 1,8 milliard le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté international, soit avec moins d’1,25$/jour.

Le bilan à mi-parcours proposé par les institutions onusiennes laisse entrevoir  une réduction de moitié de ce chiffre à l’horizon  2015, avec un taux global de pauvreté qui devrait tomber à 15 pour cent et ne plus toucher que 920 millions de personnes, soit moitié moins qu’en 1990.

Croissance robuste, crise massive

Cependant, si la croissance robuste du début de la décennie avait permis de ramener en 2005 à 1,4 milliard le nombre de personnes souffrant d’une extrême pauvreté, et de faire chuter le taux de pauvreté de 46 à 27 pour cent, la crise  économique mondiale, intervenue dans les économies avancées d’Amérique du Nord et d’Europe en 2008, a provoqué le ralentissement de la croissance économique des pays en développement. Résultat, les estimations de la Banque mondiale indiquent que la crise actuelle provoquera une augmentation du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté de 64 millions en 2010 par rapport à un scénario sans crise.

A cela s’ajoutent des variations régionales considérables : tandis que, principalement grâce à la forte réduction de la pauvreté en Chine, l’Asie dépassera globalement son objectif, l’Afrique subsaharienne enregistre quant à elle une évolution alarmante. Au final, toutes les régions en développement devraient atteindre la première cible des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), à l’exception de l’Afrique subsaharienne, mais aussi de l’Asie de l’Ouest et de certaines régions d’Europe de l’Est et d’Asie centrale.

Dans le même temps, alors que l’objectif de la communauté internationale était de réduire le nombre de personnes souffrant de la faim à 420 millions pour 2015, le cap du milliard de personnes a été dépassé en 2009 !

Détérioration fr l’accès à l’alimentation

Cette évolution ne témoigne pas seulement de la croissance démographique des populations les plus exposées à la dénutrition, mais bien d’une détérioration de l’accès à l’alimentation. En 2008, la hausse des prix des denrées alimentaires, puis la crise financière en 2009 ont joué un  rôle dans la réduction considérable du pouvoir d’achat  effectif des consommateurs pauvres, ceux-là mêmes qui consacrent une part importante de leurs revenus à l’achat de denrées alimentaires de base.

Avant le début des crises alimentaire et financière, un certain nombre de régions étaient pourtant bien parties pour réduire de moitié,  d’ici 2015, la proportion de leur population dénutrie. En Afrique subsaharienne, la prévalence de la faim avait également diminué, quoique pas assez vite pour compenser la croissance de la population. Si les plus pauvres des pays en développement sont, selon toute logique, les plus touchés par la dénutrition, il est en revanche plus inattendu de constater que les zones rurales sont les plus concernées par la faim. Les paysans eux-mêmes sont touchés par la faim et, dans toutes les régions en développement, les enfants des zones rurales ont plus de chances de souffrir d’insuffisance pondérale que ceux qui vivent en ville !

Le fléau de la pauvreté et de la faim n’est pas insurmontable mais il faut se donner les moyens de la lutte. Pour ce faire, les Nations-Unies préconisent « d’assurer le plein-emploi et la possibilité pour chacun, y compris les femmes et les jeunes, de trouver un travail décent et productif ». C’est là un des moyens d’agir sur les causes de la pauvreté, mais pas le seul. L‘action doit se porter sur les causes structurelles de l’extrême pauvreté et de l’insécurité alimentaire – difficultés d’accès au marché, baisse des prix, conflits, problèmes politiques ou nutritionnels – qui amplifient les facteurs conjoncturels.

S’attaquer à la racine des maux

Réduire la vulnérabilité des pays, c’est s’attaquer aux racines de ces maux, seule voie possible pour assurer durablement la sécurité alimentaire des populations, qui passe avant tout par leur capacité à se nourrir elles-mêmes, soit par ce qu’elles produisent de quoi se nourrir, soit, parce qu’elles perçoivent une rémunération équitable pour leur travail et sont ainsi en mesure d’acheter les denrées alimentaires suffisantes et de qualité.

(Marine Lefebvre, SOS Faim)

OMD 1: Agriculture familiale et commerce équitable (SOS Faim et Transfair Minka)

Promouvoir l’agriculture familiale pour réaliser l’OMD n°1, l’ambition de SOS Faim.

Les petits producteurs du Sud sont livrés à eux-mêmes

Au XXIème siècle, le fléau de la faim est devenu le « paradoxe de la faim » : il n’est plus que très minoritairement le résultat de guerres ou de catastrophes naturelles ; d’après le rapport 2010 des Nations-Unies, jusqu’à 75% des personnes qui souffrent de la faim dans les pays les moins avancés sont des paysans!

C’est particulièrement le cas en Afrique subsaharienne, où les paysans cumulent de nombreux handicaps structurels (aléas climatiques extrêmes, faible accès aux ressources hydriques et aux infrastructures, difficultés de stockage et d’écoulement de leur maigre production, absence de formation pour améliorer les pratiques culturales …). En fait, tandis que les exploitations agricoles du Nord se développaient à coup d’investissements et de subventions, les petits producteurs du Sud sont restés livrés à eux-mêmes.

A travers le soutien apporté aux organisations paysannes et à l’accès des paysans au financement, SOS Faim situe son action au cœur des enjeux de l’OMD n°1. Dans le milieu rural défavorisé de l’Afrique subsaharienne, l’ONG contribue à l’amélioration des filières de production agricole et au renforcement de la sécurité alimentaire dans les villages. Depuis peu, la Banque mondiale et le FMI affirment enfin désormais l’importance d’une agriculture vivrière qui respecte les sols et assure la souveraineté alimentaire des pays, au lieu de les rendre dépendants du marché mondial. En apportant son appui à 25 partenaires dans huit pays d’Afrique subsaharienne, SOS Faim opte pour le renforcement d’initiatives issues de la société civile locale qui, pour se développer, ont besoin d’appui financier et de renforcement institutionnel.

Au Burkina Faso, dans la zone sahélienne sujette aux sécheresses et à l’érosion des terres, un  programme de Greniers de Sécurité Alimentaire (GSA) prend de l’ampleur. En constituant des réserves de céréales achetées sur les marchés des zones excédentaires, les villageois ne dépendent plus de leurs propres récoltes, structurellement déficitaires. Ils sont en mesure de se ravitailler auprès des GSA moyennant un coût fixe, et non plus majoré par la rareté en période de pénurie.

Contrairement aux idées reçues, la faim résulte avant tout d’une mauvaise répartition des ressources : selon la FAO, chaque être humain dispose aujourd’hui de 40% de grains de plus qu’en 1960…

Marine Lefebvre, SOS Faim

http://www.sosfaim.lu

http://blog.sosfaim.org

Faites un don: CCPLLULL : IBAN LU22 1111 0055 5526 0000

TransFair-Minka et l’OMD n°1: Pour un commerce équitable

Le commerce équitable n’est pas une aide au développement au sens classique. Il tente d’éliminer l’une des causes essentielles de la pauvreté : les structures injustes du commerce mondial. Le commerce équitable établit des relations commerciales plus respectueuses, durables et justes avec les petits producteurs défavorisés des pays du Sud. Il est fondé sur un prix minimum garanti et stable, une prime de développement pour des projets sociaux, le respect des droits sociaux et la préservation de l’environnement. Il s’inscrit dans une démarche de développement durable. Les petits producteurs du sud, organisés en coopératives peuvent ainsi vivre de leur travail et envisager des perspectives de developpement. Grâce à la prime de développement, la coopérative Oromia Coffee Farmers en Ethiopie a pu réaliser la construction de 5 écoles, 14 salles de classes supplémentaires, la construction de 4 centres de  santé ainsi que l’accès à l’eau potable.

Recommandation : la cohérence des politiques dans les achats publics : la responsabilité du secteur public au niveau européen est très grande dans ce domaine : 16% du PIB de l’Union Européenne vont aux achats publics, qui représentent donc stratégiquement un marché clé susceptible d’avoir des répercussions très positives sur les producteurs du Sud.

TransFair-Minka motive le secteur  public à acheter équitable dans le contexte d’un développement durable et à introduire les produits Fairtrade dans les  établissements publics.

Anne-Marie Kerger, TransFair-Minka

http://www.transfair.lu

Faites un don : BCEE : IBAN LU 93 0019 3300 0882 6000

Le 5 octobre, SOS Faim et Transfair-Minka présenteront le documentaire « Pour le meilleur et pour l’oignon », un film nigérien qui témoigne des aléas de la condition paysanne. Utopia, 5/10/2010 à19h00.

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