OMD 5. Burkina Faso : Donner la vie sans risquer la mort (Amnesty International)

Article paru dans le Luxemburger Wort le 15 septembre 2010

Plus de 2000 femmes par an meurent des complications liées à la grossesse et à l’accouchement

Comment est-ce que la prise en compte des droits humains pourrait contribuer à atteindre l’objectif 5?
L’exemple du Burkina Faso, un pays prioritaire de la coopération luxembourgeoise dans lequel Amnesty International a fait des études approfondies sur la mortalité maternelle, illustre bien les apports de cette approche.

Au Burkina Faso plus de 2000 femmes par an meurent de complications liées à la grossesse et à l’accouchement alors que la plupart de ces décès pourraient être évités. La mortalité maternelle fait surtout des ravages parmi les femmes pauvres, moins instruites, et celles vivant dans des zones rurales
(le cas de 80 % de la population).

Ces dernières années, les autorités ont consacré des efforts importants à la réduction de la mortalité maternelle. En 2006, le gouvernement a décidé de subventionner le coût des soins de santé maternelle à hauteur de 80 % et d’accorder la gratuité des  soins aux femmes indigènes. Des centres de soins primaires ont été construits partout dans le pays. Une stratégie nationale de planification familiale a également été adoptée. Toutefois, ces politiques présentent d’importantes lacunes dans leur mise en  œuvre.

Dans la réalité, les soins ne sont pas accessibles pour toutes les femmes. La corruption qui règne dans le système de santé burkinabé, ne permet pas à  de nombreuses patientes de bénéficier des soins nécessaires. Les équipes médicales leur demandent souvent des payements illégaux, alors que la plupart des femmes sont très pauvres. Nombreuses sont donc celles qui préfèrent accoucher à la maison sans avoir recours aux soins médicaux ou qui ne reçoivent pas de soins de bonne qualité parce qu’elles ne peuvent pas payer en plus. En outre,  les femmes confrontées à  de telles demandes de paiement n’ont nulle part où déposer plainte. Il n’existe pas de mécanismes ni au sein de l’hôpital ni par l’intermédiaire d’une autorité de régulation ou  via  les tribunaux– pour faire appliquer l’obligation de rendre des comptes. En revanche, si la mise en œuvre des politiques était accompagnée par l’adoption de normes contraignantes relatives au respect des droits humains, les  femmes auraient le pouvoir de revendiquer ce à quoi les politiques leur donnent droit et les acteurs étatiques et non étatiques seraient obligés d’assumer leurs responsabilités.

La stratégie nationale de planification familiale n’est pas efficace non plus puisqu’elle ne prend pas en considération la discrimination à l’égard des femmes dans tous les aspects de leur quotidien. L’histoire de Sarata montre les conséquences. Elle s’était mariée à l’âge de 17 ans. Elle avait eu quatre enfants, mais aucun n’a survécu au-delà de six mois. Elle s’est de nouveau retrouvée enceinte en 2006. Sarata avait alors 26 ans et c’était sa cinquième grossesse en l’espace de neuf ans. Elle avait travaillé jusqu’au dernier jour sur les champs, avant d’accoucher chez elle. A son arrivée à l’hôpital, elle est décédée.

En effet, dans les zones rurales,  la femme n’a guère son mot à dire  quand il s’agit de prendre une
décision essentielle concernant la famille. Les mariages précoces sont  fréquents et la loi autorise queles filles soient mariées à un âge plus jeune que les garçons. De plus, le gouvernement n’a pas pris de
mesures suffisantes pour que les femmes disposent  d’un accès sûr aux informations relatives à la contraception, ainsi qu’aux contraceptifs. Parfois, ce sont aussi les maris qui les empêchent de recourir aux services de planification familiale. Il en résulte un grand nombre de grossesses précoces, non désirées ou dangereuses, ainsi que des avortements à risque.
Les recherches d’Amnesty International ont montré que pour que la politique burkinabée relative à la planification familiale soit efficace, il est nécessaire d’y intégrer les normes internationales relatives aux droits humains puisqu’elles garantissent le droit à la non-discrimination pour les femmes et leur droit à la participation dans la prise de décisions qui les concernent.

Dans le cadre du « Cinéma du Sud », le 19 octobre Amnesty International montrera le documentaire «Dead mums
don’t cry », l’histoire d’une remarquable obstétricienne qui se bat tous les jours pour sauver les vies des futures
mères au Tchad. Cinéma Utopia, 19/10/2010 à 19h00

Antonyia Argirova, Amnesty International Luxembourg
http://www.amnesty.lu
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