OMD 5 : AMELIORER LA SANTE MATERNELLE

Article paru dans le Luxemburger Wort le 15 septembre 2010

Les droits humains au cœur de la lutte contre la mortalité maternelle

Chaque année environ une femme par minute meurt de complications liées à sa grossesse ou à son accouchement. Selon les Nations Unies, la grande majorité d’entre elles- plus de 95% – sont pauvres et originaires de pays en développement.

Afin de remédier à cette urgence sanitaire mondiale, les dirigeants mondiaux se sont engagés lors de la définition des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)  en 2000 à réduire le taux de mortalité maternelle de 75%- par rapport à 1990- d’ici à 2015. Si les dernières estimations montrent que certains pays affichent une baisse marquée des ratios de mortalité maternelle, le taux de réduction est encore loin de la baisse annuelle qui s’impose pour réaliser l’OMD 5. En effet, très peu de pays sont en passe de l’atteindre et l’objectif 5 est celui pour lequel on constate le moins de progrès.

De nombreuses initiatives ont été mises en place tant dans les pays en développement que dans les pays riches pour améliorer l’accès aux soins et la qualité des services pour les futures mères. Pourquoi rencontre-t-on donc tant de difficultés pour le réaliser ? Selon Amnesty International, une des raisons est que les Etats font souvent abstraction des causes sous-jacentes à l’origine de la pauvreté, comme la discrimination, qui empêche  les femmes pauvres et marginalisées d’accéder à des soins adéquats.

Le cas des femmes indigènes vivant en région rurale et dans la pauvreté au Pérou est très parlant. Les études réalisées par Amnesty International montrent qu’elles rencontrent des difficultés spécifiques d’accès aux services de santé maternelle en raison d’attitudes discriminatoires dans les centres de santé, de techniques d’accouchement ne tenant  pas compte des pratiques traditionnelles et des barrières linguistiques – les professionnels de la santé s’adressent à elles en espagnol, alors que les femmes indigènes ne parlent que le quechua.  Quelles sont les conséquences ? Alors que le gouvernement péruvien annonce une baisse importante du taux de mortalité maternelle dans le pays, celui chez les femmes indigènes, un groupe vulnérable, demeure très élevé. Ainsi, les mesures prises par l’Etat ne profitent pas à celles qui en ont le plus besoin puisqu’elles ne prennent pas en considération leur droit à ne pas subir de discrimination dans la prestation des soins.

Mais la discrimination à l’encontre des femmes n’est pas seulement un phénomène propre aux pays en développement. Si les Etats-Unis disposent d’un  des meilleurs systèmes de santé au monde, ils affichent aussi un taux de mortalité maternelle beaucoup plus élevé que la moyenne des pays riches.

Plus surprenant encore, dans ce pays, le risque de mourir des suites de complications liées à la  grossesse est presque quatre fois plus élevé pour les Afro-Américaines que pour les femmes blanches. A quoi doit-on un tel écart ? Les  femmes appartenant à cette communauté marginalisée n’ont pas les moyens de payer la sécurité sociale. Par conséquent, ne pouvant bénéficier d’un suivi médical adéquat, elles sont plus exposées aux complications liées à la grossesse. Cet exemple est la preuve que même lorsqu’un pays offre des soins obstétricaux de très bonne qualité, ils peuvent demeurer inaccessibles pour les femmes pauvres, marginalisées par le système de santé.

Les dirigeants mondiaux se réuniront à New York du 20 au 22 septembre prochain pour discuter du futur des Objectifs du Millénaire pour le développement. Si une aide concrète et technique est nécessaire afin d’améliorer la santé maternelle, d’autres questions, liées aux droits humains doivent aussi être abordées pour adopter une approche vraiment intégrale et efficace. S’attacher à la question de la lutte contre la mortalité maternelle, sans développer par exemple des stratégies contre la discrimination des femmes, les mariages précoces, les mutilations génitales et en assurer le suivi, risque en effet de beaucoup limiter l’impact positif des programmes visant à réduire  la mortalité maternelle et par conséquent d’atteindre l’objectif n. 5 du Millénaire.

Antonyia Argirova, Amnesty International Luxembourg

Article paru dans le Luxemburger Wort le 15 septembre 2010

Plus de 2000 femmes par an meurent des complications liées à la grossesse et à l’accouchement

Comment est-ce que la prise en compte des droits humains pourrait contribuer à atteindre l’objectif 5?
L’exemple du Burkina Faso, un pays prioritaire de la coopération luxembourgeoise dans lequel Amnesty International a fait des études approfondies sur la mortalité maternelle, illustre bien les apports de cette approche.

Au Burkina Faso plus de 2000 femmes par an meurent de complications liées à la grossesse et à l’accouchement alors que la plupart de ces décès pourraient être évités. La mortalité maternelle fait surtout des ravages parmi les femmes pauvres, moins instruites, et celles vivant dans des zones rurales
(le cas de 80 % de la population).

Ces dernières années, les autorités ont consacré des efforts importants à la réduction de la mortalité maternelle. En 2006, le gouvernement a décidé de subventionner le coût des soins de santé maternelle à hauteur de 80 % et d’accorder la gratuité des  soins aux femmes indigènes. Des centres de soins primaires ont été construits partout dans le pays. Une stratégie nationale de planification familiale a également été adoptée. Toutefois, ces politiques présentent d’importantes lacunes dans leur mise en  œuvre.

Dans la réalité, les soins ne sont pas accessibles pour toutes les femmes. La corruption qui règne dans le système de santé burkinabé, ne permet pas à  de nombreuses patientes de bénéficier des soins nécessaires. Les équipes médicales leur demandent souvent des payements illégaux, alors que la plupart des femmes sont très pauvres. Nombreuses sont donc celles qui préfèrent accoucher à la maison sans avoir recours aux soins médicaux ou qui ne reçoivent pas de soins de bonne qualité parce qu’elles ne peuvent pas payer en plus. En outre,  les femmes confrontées à  de telles demandes de paiement n’ont nulle part où déposer plainte. Il n’existe pas de mécanismes ni au sein de l’hôpital ni par l’intermédiaire d’une autorité de régulation ou  via  les tribunaux– pour faire appliquer l’obligation de rendre des comptes. En revanche, si la mise en œuvre des politiques était accompagnée par l’adoption de normes contraignantes relatives au respect des droits humains, les  femmes auraient le pouvoir de revendiquer ce à quoi les politiques leur donnent droit et les acteurs étatiques et non étatiques seraient obligés d’assumer leurs responsabilités.

La stratégie nationale de planification familiale n’est pas efficace non plus puisqu’elle ne prend pas en considération la discrimination à l’égard des femmes dans tous les aspects de leur quotidien. L’histoire de Sarata montre les conséquences. Elle s’était mariée à l’âge de 17 ans. Elle avait eu quatre enfants, mais aucun n’a survécu au-delà de six mois. Elle s’est de nouveau retrouvée enceinte en 2006. Sarata avait alors 26 ans et c’était sa cinquième grossesse en l’espace de neuf ans. Elle avait travaillé jusqu’au dernier jour sur les champs, avant d’accoucher chez elle. A son arrivée à l’hôpital, elle est décédée.

En effet, dans les zones rurales,  la femme n’a guère son mot à dire  quand il s’agit de prendre une
décision essentielle concernant la famille. Les mariages précoces sont  fréquents et la loi autorise queles filles soient mariées à un âge plus jeune que les garçons. De plus, le gouvernement n’a pas pris de
mesures suffisantes pour que les femmes disposent  d’un accès sûr aux informations relatives à la contraception, ainsi qu’aux contraceptifs. Parfois, ce sont aussi les maris qui les empêchent de recourir aux services de planification familiale. Il en résulte un grand nombre de grossesses précoces, non désirées ou dangereuses, ainsi que des avortements à risque.
Les recherches d’Amnesty International ont montré que pour que la politique burkinabée relative à la planification familiale soit efficace, il est nécessaire d’y intégrer les normes internationales relatives aux droits humains puisqu’elles garantissent le droit à la non-discrimination pour les femmes et leur droit à la participation dans la prise de décisions qui les concernent.

Dans le cadre du « Cinéma du Sud », le 19 octobre Amnesty International montrera le documentaire «Dead mums
don’t cry », l’histoire d’une remarquable obstétricienne qui se bat tous les jours pour sauver les vies des futures
mères au Tchad. Cinéma Utopia, 19/10/2010 à 19h00

Antonyia Argirova, Amnesty International Luxembourg
http://www.amnesty.lu
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